Comment faire une chape ?

Comment faire une chape ?

Quelques rappels sur les chapes

Une chape est une couche de mortier à base de liant hydraulique (ex : ciment). Elle peut être renforcée par un treillis soudé en fonction du type et de la destination. Cependant la chape n’est pas structurelle. Elle complète le gros œuvre (ex : dallage ou plancher béton) sur lequel elle repose soit directement, soit avec interposition d’une couche intermédiaire de désolidarisation ou d’isolation.
Une chape est destinée soit à rester brute, soit à être recouverte par un revêtement (carrelage, parquet flottant ou collé, sol souple, résine…) suivant la destination du local.

Rôle de la chape :

  • Elle assure la finition de la dalle : mise à niveau, profil (forme de pente éventuelle) et régularité de surface.
  • Elle sert de support aux revêtements de sol ou aux revêtements d’étanchéité.
  • Elle transmet les charges au support, compte tenu de la couche intermédiaire éventuelle (ex : isolant). Pour cela elle doit être suffisamment résistante.
  • Le cas échéant, elle participe à l’isolation acoustique et/ou thermique des locaux.

 

Les différents types de chapes

En fonction de leur conception et de leur mode de réalisation, on distingue :

  • les chapes adhérentes, qui sont rapportées ou incorporées ;
  • les chapes désolidarisées ;
  • les chapes flottantes.

La réalisation d’une chape

Etape 1 – Caractéristiques et préparation du support

Les supports admissibles

Les supports admissibles sont les dallages sur terre-plein, les planchers type dalle (dalle pleine, dalle coulée sur prédalle), plancher en béton coulé sur bac acier collaborant, plancher constitué de dalles alvéolées, plancher du type poutrelles-hourdis avec dalle de répartition coulée en place, ou encore ravoirage.

La planéité du support

Particulièrement dans le cas des chapes désolidarisées et flottantes, le support doit présenter une surface plane : planéité de maximum 7mm sous une règle de 2m et 2mm sous une règle de 0,20m.

Dans tous les cas, si le support présente des anomalies (défauts de planéité, écart de côte) un ouvrage intermédiaire du type ravoirage (chape maigre) doit être réalisé.
De plus, l’incorporation dans la chape ou dans le béton de la dalle, de canalisations (ou de fourreaux) horizontales n’est pas admise (le plancher chauffant constitue un cas particulier). Il est donc nécessaire dans ce cas d’exécuter, en supplément, un ravoirage pour obtenir un nouveau support plan. L’épaisseur du ravoirage doit être telle que la génératrice supérieure de la canalisation (ou du fourreau) du plus grand diamètre incorporé tangente le nu du ravoirage.

Coupe verticale de canalisations, fourreaux ou gaines incorporés dans un ravoirage.

 

L’âge du support

L’âge minimal que doit avoir le béton du support dépend du type de support, de la nature des sollicitations du local et du mode de pose prévu (voir cas typiques dans le tableau ci-après) :

Age minimal du support
Pose désolidarisée ou flottantePose adhérente
Dallage sur terre-plein2 semaines1 mois
Plancher du type :

– Dalle pleine en béton armé

– Dalle pleine coulée sur prédalle en béton armé

– Dalle pleine coulée sur prédalle en béton précontraint

1 mois6 mois
Plancher en béton coulé sur bacs acier collaborants1 mois6 mois
Plancher à poutrelles en béton armé ou précontraint et entrevous de coffrage avec dalle de répartition1 mois6 mois
Ravoirages sur supports ci-dessus24 heures24 heures

Tableau 1 : supports admissibles et types de pose en fonction de leur âge dans les locaux à faibles sollicitations et à sollicitations modérées.

La préparation avant coulage

a/ Cas des chapes rapportées adhérentes

Le béton étant déjà durci, la préparation du support doit être très soignée pour que la liaison avec la chape de mortier soit efficace.
Le support doit être cohésif, stable, sec, sain et débarrassé de tout produit pouvant nuire à l’adhérence. Si le support est trop lisse, sa surface doit être rendue rugueuse par des moyens manuels ou mécaniques et à nouveau soigneusement aspirée. Si un produit de cure a été utilisé, celui-ci doit être éliminé par grenaillage.
Afin d’améliorer l’adhérence de la chape, on applique sur le support une barbotine composée de ciment et de résine d’accrochage.

b/ Cas des chapes désolidarisées

La chape est désolidarisée de son support par l’intermédiaire d’une couche de désolidarisation placée entre la dalle et la chape. Cette couche de désolidarisation est généralement constituée d’un film de polyéthylène (film polyane) de 150 microns d’épaisseur minimale, ou d’un lit de sable de 2cm maxi d’épaisseur.
La chape doit également être impérativement désolidarisée de toutes les parois verticales (murs), y compris en pieds d’huisserie et de seuil, et de toute émergence (fourreaux de canalisations, poteaux, murets, etc. Pour cela une bande compressible de 3mm minimum (5mm en cas de plancher chauffant) doit être mise en place en périphérie. Cette bande périphérique doit partir du support et dépasser d’au moins 2cm la surface finie, avant d’être arasée.

c/ Cas des chapes flottantes :

Mise en place d’un éventuel film d’interposition sous l’isolant :
Pour éviter les transferts d’eau, un film de polyéthylène d’épaisseur mini de 200 μm doit être interposé avant la mise en oeuvre de la sous-couche isolante sur les supports suivants et sur les ravoirages éventuels réalisés sur ces supports :

  • Les dallages sur terre-plein ;
  • Les planchers sur vide-sanitaires ou locaux non chauffés excepté pour les isolants en matière plastique alvéolaire ;
  • Les planchers collaborants.

 

Désolidarisation périphérique :
De manière identique aux chapes désolidarisées, la chape flottante doit être désolidarisée de toutes les parois verticales y compris en pieds d’huisserie et seuil, et de toute émergence (fourreaux de canalisations, poteaux, murets, etc.) à l’aide d’une bande compressible de 3mm minimum (5mm en cas de plancher chauffant).

Mise en œuvre de la sous-couche isolante :
Les sous-couches isolantes de classe SC1 ou SC2 ne sont admises que dans les locaux à faibles sollicitations.
Disposer l’isolant sur toute la surface conformément aux exigences du fabricant.
Pour être efficace, l’isolant doit être continu sur toute la surface de la pièce. Aucun passage de câble ou de gaine ne doit le traverser.

Etape 2 – Choix de l’épaisseur et armature de la chape

1/ Cas des chapes rapportées adhérentes

L’épaisseur minimale des chapes de ces ouvrages est de 3cm.
Il n’est pas nécessaire de mettre en place un treillis soudé dans la chape pour la renforcer.

2/ Cas des chapes désolidarisées

L’épaisseur des chapes désolidarisées ainsi que le recours à un treillis soudé pour la renforcer est fonction du type de local :

  • Dans les locaux à faible sollicitation (ex : locaux d’habitation) l’épaisseur minimale de la chape est de 5cm et il n’est pas nécessaire d’y incorporer un treillis soudé.
  • Dans les locaux à sollicitation modérée (ex : galerie commerciale), la chape devra faire une épaisseur minimale de 6cm et comportera obligatoirement un treillis soudé de maille maximale 100mm x 100mm et de masse minimale 325g/m2 (grillage) placé à mi-épaisseur.
3/ Cas des chapes flottantes

L’épaisseur des chapes flottantes est fonction de la classe de compressibilité de l’isolant utilisé. Prévoyez 5 cm d’épaisseur minimum pour les isolants SC1, et minimum 6cm pour les isolants SC2 qui sont plus compressibles.
Dans tous les cas on disposera à mi-épaisseur de la chape un treillis soudé de mailles maximales 100mm x 100mm et de masse minimale 325g/m2 pour la renforcer.

Etape 3 – Mise en place de repères/guides de niveau

Pour faciliter le coulage de la chape, faites des repères du niveau fini de votre chape.

Ces repères sont matérialisés par des traits de niveau réalisés au cordeau traceur sur les murs de la pièce et éventuellement des piges de niveau disposées sur la surface à couler.

Utilisez un mètre, un niveau à bulle et un cordeau traceur pour représenter la hauteur de chape en bas des murs. Au moment de déterminer vos mesures, veillez à bien tenir compte de l’épaisseur de l’éventuel revêtement que vous poserez sur votre chape. Prévoir la réservation nécessaire.

Avant de couler la chape, il est nécessaire de bien vérifier les points de niveau incontournables qui servent de références, tels que les seuils de portes, les départs ou arrivées d’escalier.

Pour des surfaces importantes ou si votre règle est trop courte, en plus des repères il est préconisé de placer également des guides pour faciliter le tirage de la chape.

Ils ont un écartement de 50cm inférieur à la longueur de la règle de maçon utilisée et permettent de rester en appui lors du réglage du mortier. Leur espacement ne doit pas dépasser 4m car au-delà la flexibilité de la règle peut engendrer des défauts de planéité.

Ces guides permettent de tirer la chape par bandes successives. Ils peuvent être réalisées à partir de tasseaux en bois et enlevés au fur et à mesure de l’avancement du coulage. Ils peuvent aussi avoir une double fonction (mise à niveau + joint de fractionnement) dans le cas des règles joint.

Etape 4 – Dosage et confection des mortiers de chape

La chape est réalisée à l’aide :

  • soit d’un mortier fabriqué sur chantier ;
  • soit d’un mortier prêt à l’emploi conforme à la norme NF EN 13 813.

Son dosage en ciment ou sa classe de performance sont précisés dans le DTU 26.2. Ils dépendent de la sévérité d’usage du local. Par exemple, pour les locaux à faible sollicitations tels que les pièces d’habitation, le dosage moyen en ciment des mortiers fabriqués sur chantier est de 300kg/m3 de sable sec.

Si la chape est réalisée avec un mortier prêt à l’emploi (mortier industriel prêt à gâcher en sac ou livré prêt à l’emploi par camion toupie), celui-ci devra avoir une classe de performance minimale de C16/F3 selon la norme NF EN 13813.

Classiquement le mortier de chape est de consistance ferme (appellation chape traditionnelle). Mais pour faciliter la mise en œuvre on peut très bien utiliser des mortiers auto-nivelants (chape liquide ou chape fluide).

Etape 5 – Mise en œuvre

1. Réalisez les cueillies

  • La première étape sera de poser une bande de mortier le long des murs. Ces bandes de mortier, appelées cueillies, vous serviront de repères pour tirer la chape.
  • Servez-vous de vos repères tracés précédemment sur les murs pour déterminer le niveau des cueillies.
  • Étalez cette bande de mortier d’environ 30cm le long des murs, et talochez-la au niveau requis.
  • En fonction des dimensions de la pièce et de la longueur de la règle aluminium que vous utilisez, il peut être nécessaire de réaliser une cueillie centrale ou bien de mettre en place des guides comme précédemment évoqué.

2. Tirez la chape

  • Une fois que vos cueillies sont faites, vous pouvez procéder au tirage de la chape en vous servant de ces dernières ou bien des guides pour la mise à niveau.
  • Commencez la mise en œuvre à partir du mur opposé à l’entrée, afin de ne pas vous retrouver bloqué pendant le coulage. Si possible, commencez suivant la largeur de la pièce afin de tirer la chape dans le sens de la longueur pour plus de facilité.
  • Approvisionnez le mortier et répartissez-le avec un râteau ou un épandeur à un niveau légèrement supérieur à celui des cueillies.
  • Posez la règle aluminium de cueillie à cueillie et cisaillez le mortier en effectuant un mouvement de de gauche à droite avec la règle tout en tirant vers vous le mortier excédentaire. Veillez à ce que la règle ne creuse pas la cueillie.
  • Tirer la chape progressivement, en prenant soin d’égalisez à plusieurs reprises la surface à l’aide de la règle. Enlevez au fur et à mesure vos guides et comblez les trous de mortier.
  • Talochez la surface à l’avancement à l’aide d’une taloche pour vous assurer d’avoir une surface parfaitement plane. Si il y a des creux ou des manques  en surface, remettez du mortier par petite quantité et re-talochez la surface.
  • Un lissage complémentaire peut être effectué à l’aide d’une lisseuse pour une meilleure finition.
  • Si la chape est renforcée par un treillis soudé, n’oubliez pas de le remonter à l’avancement à mi épaisseur de la chape.

3. Curez

Il est nécessaire de curer le mortier frais pour éviter la dessication trop rapide et donc la fissuration. La cure peut être réalisée en protégeant la surface du mortier frais par des bâches, par humidification ou mieux encore par pulvérisation d’un produit de cure adapté.
Laissez le local fermé pendant 2 jours.

Etape 6 – Les joints de fractionnement de la chape

Les joints de fractionnement sont exécutés en fonction de la nature du revêtement sol :

  • par sciage du béton frais ou durci,
  • ou par mise en place de profilés plastiques (« règles joint ») avant coulage du mortier.

Les joints de fractionnement servent à canaliser la fissuration de la chape. Ils intéressent au moins les 2/3 de l’épaisseur de la chape.

1/ Cas général

Lorsque le gros œuvre comporte des joints (joints de dilatation ou de fractionnement), la chape doit être fractionnée aux mêmes emplacements.
De plus, des joints de fractionnement doivent être ménagés aux reprises de coulage et/ou en fonction des dimensions géométriques de l’ouvrage.
Ainsi, il est nécessaire de prévoir des joints en cas d’angle rentrant.
Lors du fractionnement, il faut se rapprocher le plus possible de la forme carrée.
Lorsque la chape se poursuit d’une pièce à l’autre, placer un joint de fractionnement à mi-feuillure du seuil.

2/ Cas des chapes rapportées adhérentes

Des joints de fractionnement supplémentaires sont à exécuter :

  • Tous les 25m2 et au plus tous les 8m linéaires si la chape est destinée à rester nue ou à recevoir une peinture ;
  • Tous les 60m2 et au plus tous les 8m linéaires dans les autres cas.
3/ Cas des chapes désolidarisées ou flottantes

Des joints de fractionnement supplémentaires sont à exécuter tous les 40m2 et au plus tous les 8m linéaires.

Etape 7 – Délai de mise en service

Pour les locaux à faibles sollicitations (cas des locaux d’habitation), il est possible de remarcher sur la surface après un temps de séchage de la chape de 3 jours (circulation piétonne de chantier, objets lourds exclus). La mise en service normale pouvant se faire après 5 jours.

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